Le culte luthérien

Présentation du culte luthérien, extrait du livret de l’inspecteur ecclésiastique Albert Greiner et du pasteur Jacques Fischer

Qu’est-ce que le culte?

C’est une audience à laquelle le Roi des rois convoque son peuple. Ce matin, il nous a convoqués avec la chrétienté toute entière parce que ce jour est l’anniversaire hebdomadaire de la résurrection du Christ, pour que nous nous retrouvions tous dans la joie et la disponibilité, prêts à l’écouter et à le servir.

La cloche sonne: «Rassemblez, rassemblez mon peuple», tout le village, tout le quartier, tous savent que le peuple de Dieu s’assemble. Dans cette affaire, tout part de Dieu. Rien de nos sentiments, de nos bonnes ou mauvaises dispositions, des idées que nous avons maintenant à l’esprit à cause des évènements qui viennent de se dérouler ou de ceux que nous prévoyons. Avouons-le, seuls, de nous-mêmes, nous ne serions pas venus: on s’habitue très bien, n’est-ce pas, à ne pas venir au culte? Nous sommes convoqués, non à cause de nos mérites, mais par pure grâce, et pendant tout ce culte, Dieu s’offre à nous, il nous sert par sa Parole et dans le sacrement, sa présence qui donne la vie. Voilà ce qu’il nous offre par amour. Nous appelons notre culte  » service divin « , car Dieu nous sert. Il a préparé pour chacun tout ce dont il a besoin.

Et c’est un service aussi parce que Dieu… nous appelle à notre tour à le servir, à lui répondre. Nous c’est-à-dire un peuple, non pas quelques individus juxtaposés, mais un peuple rassemblé auquel le Seigneur accorde son audience.

Certes, il y a et doit y avoir des rencontres individuelles, celles où, seul avec Dieu, nous prions et écoutons sa Parole. Chez nous, séparés. Mais ici, il s’agit d’une rencontre collective. Et c’est une grande force d’être un peuple. Nous pouvons nous appuyer les uns sur les autres, les uns sur la prière des autres. C’est pour cela que nous entrons dans un dialogue serré, pressé, car la Parole du Seigneur veut nous arracher à notre passivité ; elle nous réveille, elle nous interpelle ; elle réclame une réponse de tous. Aussi veut-elle que nous soyons tous actifs, et pas seulement le pasteur ou le lecteur ; ensemble nous allons participer à cet échange de vie, et participer à la vie du Christ.

Voilà pourquoi il y a une surabondance de petits chants liturgiques que nous appelons précisément des répons parce qu’à travers eux, nous répondons à l’appel du Christ par notre louange, notre prière, afin de lui offrir notre vie, pour qu’elle soit fécondée par l’Esprit et qu’elle nous rende capables de le servir encore avec des forces nouvelles tout au long de cette semaine.

L’ouverture du service divin :

L’invocation :

Notre service s’ouvre, comme on ouvre une fenêtre au matin sur le paysage lavé par la nuit finissante, par cette formule venue de la Parole elle-même: au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. C’est déjà une confession de foi : nous ne voulons connaître ici qu’un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, dont le nom a été prononcé sur nous à notre baptême pour nous marquer de son sceau éternel.

Nous ne disposons pas de Dieu, et pourtant nous sommes certains de sa présence. Il l’a promise et il tient sa promesse – la Bible l’atteste tout au long de l’histoire qu’elle conte. Cette certitude, nous l’affirmons en chantant l’un des mots les plus importants de toute la liturgie, et ce mot, c’est : Amen. En le disant et le répétant (et nous devons le prononcer tous ensemble à la fin de chaque prière de notre office), nous montrons que si un seul parle, c’est toute la communauté qui prie par sa bouche. Ce mot universel, à la fois familier aux juifs, aux musulmans et aux chrétiens, ce mot que nos réformateurs ont conservé tel quel, sans le traduire, nous vient des lointains bibliques et il a une signification très riche. Il exprime d’abord la fidélité, la vérité, la solidité. (Il est encore aujourd’hui employé en hébreu moderne pour parler des fondations d’une maison, de ce qui est ferme et assuré). Esaïe parle du  » Dieu de l’Amen  » (Es 65, 16), ce Dieu qui réalise avec fidélité ce qu’il a annoncé car  » la fidélité du Seigneur subsiste à jamais  » (Ps 117). Jésus lui-même nous est présenté dans l’Apocalypse (3,14) comme  » l’Amen, le témoin fidèle et véridique « . Le verbe croire et le mot fidélité viennent du même mot hébreu Amen. En le disant nous proclamons donc  » C’est ferme de ton côté, Seigneur, qu’il en soit ainsi du mien ! « , comme l’écrivait Luther dans son petit catéchisme: « C’est ce que je crois fermement ! « . Amen exprime ainsi notre confiance en Celui qui nous aime et dont nous avons tout à attendre, c’est une espèce de chèque en blanc que nous présentons au Seigneur. Convaincus de sa richesse spirituelle, nous prononcerons notre Amen avec force, avec foi, avec enthousiasme, avec joie.

L’introït :

Puisqu’il est le Roi, le Seigneur, le centre de toute cette célébration et qu’il nous reçoit en audience, c’est lui qui prend la Parole, il prononce les premiers mots en toute chose, lui le premier, Dieu premier servi. Ces premiers mots nous situent d’emblée dans la louange, puisque ce sont les mots du psaume choisi pour ce dimanche et qu’on appelle l’Introït. Et la merveille nous apparaît de suite, promesse de Dieu réalisée qui disait :  » Je mettrai mes paroles dans ta bouche « , car cette Parole de Dieu, venant des psaumes, devient sur nos lèvres une prière que nous pouvons dire avec le Seigneur.

Autrefois, dans l’Eglise ancienne, on chantait ce psaume en entier, au lieu de n’en lire que quelques versets comme aujourd’hui. Ce chant accompagnait l’entrée des officiants dans l’Eglise. C’est la suite de toute la prière d’Israël, scandée, mesurée, exprimée par le chant des psaumes au Temple de Jérusalem comme dans les synagogues de la dispersion. Aussi devrions-nous le chanter, car le lire est aussi bâtard que de lire un cantique au lieu de le chanter. Chaque dimanche a son thème particulier : l’Introït en  » annonce en quelque sorte la couleur  » et lui donne son nom. C’est des premiers mots latins de l’Introït que viennent les titres des dimanches (Oculi, Judica, etc. qu’on désignait ainsi autrefois, coutume aujourd’hui disparue). Ces psaumes sont communs à la grande majorité de la chrétienté, catholique romaine, anglicane et luthérienne, et deviennent ainsi signe d’unité déjà réalisée : sur cette terre, ce matin, des millions de chrétiens ont accueillis par Dieu avec les mêmes paroles. Heureux alors d’avoir chanté, que pourrions-nous faire d’autre que d’acclamer ? Toujours debout, éblouis par la splendeur de sa majesté comme par la richesse de sa grâce, nous chantons l’hymne glorieux qui ajoute au psaume la note de la nouvelle alliance ; à la voix de l’ancien testament se joint celle de la communauté chrétienne : Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. !

Adoration :

Le culte n’est pas une étude biblique intellectuelle, il est contemplation, adoration. Sortis de nos contingences humaines, nous voici entraînés dans le mouvement de la vie éternelle en rendant au Dieu trois fois saint la gloire qui lui revient depuis l’origine du monde et qui lui reviendra toujours. Gloire au Père, au Fils et au saint-Esprit : nous l’acclamons, c’est merveilleux, nous sommes illuminés par cette splendeur de Dieu qui sort de sa Parole et nous ne pouvons rien faire d’autre qu’entrer dans cette vie, cette vie qui dure d’éternité en éternité, comme le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Confession des péchés :

« Nul ne peut voir Dieu et vivre ». La rencontre de Dieu avec l’homme est toujours un drame, qui fait s’écrier le prophète Esaïe (6 : 5) « Malheur à moi qui suis pêcheur, malheur à moi, je suis perdu », ou à l’apôtre Pierre réalisant la divinité du Christ: « Seigneur, retire toi de moi, car je suis un homme pêcheur » (Lc 5,8). La confrontation de la gloire éternelle avec la misère de l’homme est toujours terrible, car « il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant » (Hb 10,31). Sans le Christ, il n’y aurait pas de rencontre possible, et pourtant même avec lui le face à face est tragique, et nous ne pouvons que nous écrouler, car nous méritons la mort. Notre révolte se dévoile, elle est mise à nu, il nous faut reconnaître notre péché parce que la croix du Christ qui se dresse là révèle notre faute.

Mais notre service ne se fait pas en vase clos, il n’est pas célébré essentiellement pour nous mettre nous-mêmes en règle, pour avoir la conscience tranquille, mais pour qu’à la place de tous ceux qui l’ignorent, nous confessions leur péché en même temps que le nôtre, c’est-à-dire celui du monde: les guerres, les duretés des hommes, leur manque de générosité, les conflits sociaux, nos démêlés avec notre voisin, tout cela est présent dans notre confession des péchés. Nous déposons là nos fardeaux avant d’entrer louer le Seigneur. Il s’agit de recevoir sa Parole, de la méditer, de prendre la Cène dignement, et pour cela il faut nous préparer. Or cette préparation, c’est beaucoup plus que ces quelques minutes de confession cultuelle.

Cela est tellement vrai que la confession en commun au culte dominical n’existait pas dans l’Eglise ancienne. La communauté primitive avait conscience d’être l’épouse sainte et rachetée du Ressuscité vivant et lumineux de Pâques. Elle vivait consciente de sa faute, mais pardonnée. Ce n’est qu’au Moyen Age, et par des détours compliqués, qu’elle s’est introduite dans la messe romaine. Luther en avait complètement rejeté l’usage. Parce que la Réforme n’a jamais rejeté la confession privée, véritable préparation à l’office, parce que Luther demandait que l’on se préparât la veille chez soi, elle était inutile dans le service.

Cependant, la vie moderne, la disparition quasi totale de la confession privée, militent en faveur du maintien de cette confession dont nous avons besoin. Car on ne vient pas au repas du Seigneur sans discernement.

Absolution :

En vérité, nous n’avons d’autre espoir que la pitié de Dieu, et au moment où se lève la hache du bourreau, – car c’est la mort que nous avons méritée, pas cette mort spirituelle et irréelle dont nous parlons souvent, la mort réelle – à ce moment dramatique semblable à celui où Abraham lève son couteau sur Isaac, amors retentit une parole invraisemblable, parole de Dieu lui-même par la bouche de son serviteur: Grâce et pardon vous sont donnés! Nouvelle inouïe et miraculeuse, alors que l’on n’attendait que la colère divine: Tu es pardonné. J’efface tes péchés comme une nuée. L’inattendu arrive, il n’y a aucune condition, accepter ce qui est déjà préparé dans l’amour du Père et par le sacrifice du Fils; il est même interdit de douter, car Jésus-Christ lui-même parle: « Même si un ange du ciel annonçait un autre Evangile, qu’il soit anathème! » (Gal 1,8).

Alors, nous ne pouvons que répondre dans l’exultation, avec les anges de Noël: Gloria in excelsis Deo! Car c’est dans cette nuit-là que tout s’est joué, Jésus est venu pour vivre, souffrir, mourir et ressusciter; Dieu nous regarde à travers Lui dans son infinie miséricorde qui désormais remplit toute la terre. Notre joie éclate, qui n’est pas une émotion superficielle, ni personnelle, mais la joie de la création rachetée, sauvée, aimée.

Prière de collecte :

Réconciliés, nous pouvons prier, nous pouvons alors parler nous-mêmes: c’est le second élément qui va marquer la couleur de ce dimanche, qui va varier chaque dimanche, et qu’on appelle la collecte: autrefois, dans l’Eglise ancienne, on invitait les fidèles à prier chacun en silence, puis l’officiant rassemblait, « collectait » la prière de tous en une courte oraison qui la concluait. D’une structure simple et biblique, cette prière se rapporte aux lectures, au thème de ce jour, au temps de l’année où l’on se trouve. Elle nous prépare à l’audition des lectures pour les recevoir avec profit. Aussi confions-nous cette prière au Christ, notre avocat auprès de Dieu, pour qu’Il la saisisse et la porte comme sa propre prière aux pieds du trône divin d’où va jaillir la Parole de Vie.

Lectures :

Dieu va nous nourrir dans cette halte: il parle, et il parle longuement. Sans cette parole, le culte ne serait plus rencontre entre Dieu et son peuple, mais seulement monologue humain. Notre liturgie ne serait plus réponse, mais quête à l’aveuglette et désespoir. Le cène ne serait pas le couronnement du culte, mais un mystère non déchiffré, et même, au pire, un acte magique! Certes cette Parole ne résume pas tout le culte, il y a d’autres aspects, mais sans elle ce culte serait comme vidé de sa substance et on ne verrait pas ce qui le distingue d’un culte non chrétien.

Il est cependant difficile de découper ainsi notre service, car en vérité, notre certitude c’est que toute la liturgie, dans ses textes et son déroulement, qu’elle soit dite, chantée, monologuée ou prononcée en commun, tout cela est exclusivement et uniquement fondé sur l’Ecriture. Il n’est pas jusqu’au plus petit mot chanté: Amen, Seigneur aie pitié, gloire à Dieu, qui avant d’être prononcé par nous n’ait été entendu sur les lèvres d’un témoin biblique. Oui, tout le culte chrétien est porté par cette Parole, trame de la liturgie, lumière de l’eucharistie, car « la foi vient de ce qu’on entend ». La Parole, puissante, efficace, retentit comme au premier jour: « Et Dieu dit ». Elle nous crée de nouveau: elle est toujours créatrice aujourd’hui; l’audience accordée se solennise pourtant dans une proclamation de la Parole du Maître souverain.

La première est celle de l’Ancien Testament, la seule Ecriture qui existait au temps de Jésus. La prophétie éclaire la venue du Christ, comme celui-ci éclaire la prophétie.

Voici ensuite l’Epître, seconde lecture, plongée dans le problème de la pratique quotidienne de la vie chrétienne, elle nous éclaire sur bien des problèmes courants, elle nous instruit, nous exhorte et nous encourage.

Puis nous nous levons. Voici, en dernier lieu, comme on place toujours le plus digne à la fin du cortège, l’Evangile, celui qu’Origène appelait la « couronne de l’Ecriture ».

Ces trois lectures ne sont pas confiées à la fantaisie du lecteur ou du pasteur: elles sont choisies pour être réparties sur l’ensemble des dimanches de l’année, afin qu’en trois ans, chaque fois et toujours à nouveau nous ayons fait le tour de la vie du Christ et des grands thèmes bibliques, comme le soleil tourne autour de la terre et en éclaire toutes les faces.

Prédication :

Après les lectures, vient la prédication qui va reprendre la Parole et l’expliquer, comme autrefois le Seigneur Jésus entrait dans la synagogue, à Nazareth par exemple, et prenant le rouleau du prophète, expliquait qu’aujourd’hui se réalisait la prophétie. En effet, il s’agit bien d’un moment prophétique: non un souvenir d’événements passés, mais de ce que aujourd’hui, ici et maintenant, veut dire pour nous la Parole du Seigneur.

Certes, cette Parole ne change pas, ce Maître reste identique à lui-même. Mais le monde, et nous-mêmes, nous changeons. Il faut toujours à nouveau que cette Parole nous soit appliquée et ses conséquences révisées en fonction de ce que nous sommes et de ce que nous vivons aujourd’hui, non pas hier, mais aujourd’hui. La prédication est le moyen que Dieu emploie pour intervenir directement dans la vie des fidèles et dans la vie de l’Eglise pour consoler, redresser, réformer, mettre en question. Cette Parole n’est pas la propriété de l’Eglise ; elle lui est toujours extérieure, elle lui est adressée du dehors, du Dieu vivant, qui veut que nous la recevions pour la rendre au monde. Si la lecture de l’Ecriture était comme la mort et la résurrection, la prédication est comme l’Incarnation, la naissance de Jésus qui passe par Marie et à travers elle est donnée au monde. La Parole libre et souveraine nous est donnée pour que, tissée de notre chair, elle pénètre dans ce monde des hommes en commençant par nous.

En dépit du caractère humain de son témoignage, la prédication n’est pas une simple méditation sur la Parole ; elle est la proclamation même de cette parole, elle est un miracle de Dieu. Luther disait avec une belle liberté et obstination: « Un prédicateur n’a pas à chercher le pardon quand il a prêché, mais il doit dire avec Jérémie, joyeusement : Seigneur, tu le sais, ce qui est sorti de ma bouche est juste, et avec Paul : j’ai été prophète de Jésus-Christ dans cette prédication, il s’agit de la Parole de Dieu et non de la mienne. Celui qui ne peut se glorifier de cela, qu’il renonce à prêcher, car alors il est menteur et blasphémateur ».

La prédication représente un moment nécessaire de notre service : le royaume de Dieu n’est pas encore là, et l’Eglise, qui est encore dans le monde, a besoin des lumières de cette Parole pour être guidée, consolée, fortifiée. Elle a besoin dans son combat d’être mise en garde, enseignée, encouragée. Aussi faut-il savoir écouter et recevoir. Certes, le pasteur a une terrible responsabilité en montant en chaire. J’en connais qui tremblent chaque fois. Et c’est pourquoi il passe du temps, de ce précieux temps de la semaine, à se préparer, averti que tout ce qu’il dira doit d’abord être soumis à Dieu « pour approbation ». C’est là sa vocation première, il doit y consacrer beaucoup de son temps.

Mais le pasteur ne suffit pas à faire un bon sermon. Il y faut une communauté attentive. Et d’abord bien préparée. Si un musicien répète pendant des heures, si un athlète s’entraîne longtemps, un chrétien aussi se prépare à rencontrer son Seigneur. Il faut profiter encore de ces moments de silence avant et pendant le culte pour y entrer et se recueillir et être prêt, comme le dit l’apôtre Jacques, « à recevoir avec douceur la Parole ». Recevoir, quand Dieu donne, requiert de notre part beaucoup d’humilité, car il vient à nous comme il le veut et non comme nous le voulons.

Entendre signifie être confronté à Dieu et être appelé à prendre une décision, pour vivre à nouveau ce sermon dans notre vie quotidienne. Il peut y avoir des moments de grande sécheresse spirituelle. Bonhœffer écrivait : « nous ne devons pas être troublés par de telles expériences, mais concentrer notre attention sur la Parole et lui laisser son action propre. Ne se pourrait-il pas que Dieu lui-même nous envoie ces heures de sécheresse pour que nous puissions être à nouveau amenés à attendre tout de sa Parole ? »

Dieu parle, à nous de l’écouter dans l’humilité et dans la joie.

Le Credo :

Après l’Introït, la Confession des péchés et l’Absolution, les lectures et la prédication, voici le moment du Credo.

Le credo n’est pas destiné au visiteur distrait qui, par hasard, entrerait dans une église. Il est là comme un grand chant de louange et d’amour de celui qui a goûté la bonté de Dieu : Seigneur, tu viens de nous donner ta Parole, tu nous as instruits, édifiés, fortifiés, consolés, nous nous donnons à toi.

Que ce credo soit toujours le même ne gêne pas. Tout au contraire. Quand deux êtres s’aiment, ils se disent toujours à peu près la même chose, tout au long de leur vie. Ils se disent qu’ils s’aiment et ils ne cherchent pas sans cesse des mots nouveaux ; ils savent bien qu’ils s’aiment, pourtant ils le redisent, parce que si cela va sans dire, cela va aussi tellement mieux en le disant.

Dieu sait aussi qu’il nous a envoyé son Fils, né de la Vierge Marie, mais la joie de l’amour fait chanter à tous devant Dieu : voilà, oui voilà ce que tu as fait pour nous, voilà, tu es beau et tout cela est magnifique, et voilà comme je t’aime, et voilà comment je crois en toi. Notre confession de foi est vraiment une prière, tout comme nos cantiques : avec ses paroles à elle, l’Eglise rend à Dieu la Parole qu’Il lui a adressée et comme on ne peut lire la Bible entière chaque dimanche, la confession de la foi répond par tout ce qui n’a pu être annoncé ce jour-là, elle est en quelque sorte le sommaire de la foi chrétienne.

En confessant la foi, nous nous offrons, car le credo nous engage. Dire je crois ne signifie pas seulement dire que j’admets la réalité de ce que je vais énumérer, cela veut dire aussi que je risque ma vie, je joue mon existence sur tout cela, et que je renonce à tout ce que je ne vais pas proclamer.

Il y a là, comme dans bien d’autres parties du service, une vertu explosive qui nous fait sortir de notre péché, lequel consiste, comme disait Luther, à être recroquevillé sur soi-même. Dans le credo, notre vision dépasse notre clocher, pour nous conduire à l’Eglise universelle qui n’est ni luthérienne, ni réformée, ni romaine, ni orthodoxe, mais l’Eglise du Christ, ou encore l’Eglise catholique puisque ce mot veut dire universel. Il y a là une unanimité qui ouvre les portes à la foi et à la vérité. Unis par un même amour, nous confessons la foi de l’Eglise universelle. Le Credo nous donne la possibilité d’entrer dans cette vérité qu’aucun de nous ne possède tout seul. Voilà notre unité, celle de ceux qui ont écouté la Parole et manifestent qu’ils l’ont entendue et vont rencontrer celui qui parle dans ce repas de sa présence. C’est aussi tout cela que nous proclamons dans nos cantiques, qui prolongent une tradition très ancienne de la synagogue comme de toute l’Eglise au cours des siècles. Ils marquent notre grande espérance et la jubilation de ceux qui savent que dans le royaume nous chanterons la gloire du Seigneur et que nous serons dans la joie pour l’éternité. Déjà nous participons à la joie céleste !

Offrande :

Notre offrande des biens matériels se situe dans la perspective de la foi. C’est pourquoi nous la présentons légitimement au moment où l’on présente les espèces de la cène. Si nous voulions retourner ici aux coutumes anciennes, nous retrouverions cette magnifique tradition qui consistait à apporter le pain et le vin en même temps que l’on apporte les offrandes des fidèles. Car celles-ci sont aussi le signe de notre unité et de notre fraternité. L’offrande a toujours fait partie du culte chrétien depuis les origines. Nous venons comme les Mages de Noël portant l’or, l’encens et la myrrhe, comme la femme qui oignit les pieds de Jésus d’un parfum de grand prix, comme Joseph d’Arimathée offrant son tombeau. Dans cette perspective, il ne peut plus s’agir d’une aumône sortie à la hâte du porte-monnaie et jetée rapidement dans la quêteuse. Ce ne peut plus être qu’une offrande préparée soigneusement avant de venir. Nous prions le Seigneur qu’il veuille bien l’accepter, comme le signe de notre consécration à son service.

Prière universelle :

Cette offrande de nous-mêmes, cette consécration, ce sacrifice, cet engagement au service du Seigneur va se poursuivre dans la prière qui est l’un des grands offices de l’Eglise pour le monde et pour Dieu. Il s’agit là aussi de mener le combat de la foi pour le monde. L’Eglise est là non pour se complaire en elle-même, mais pour le salut du monde et son occupation primordiale sera la prière. L’histoire de l’Eglise, c’est l’histoire de l’exaucement de sa prière.

Sur la croix tout est accompli. Et chaque fois que l’Eglise se rassemble pour « proclamer la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne », elle proclame du même coup la fin et l’échec de ce monde, et elle confesse que la vie prend son sens dans la mort et la résurrection du Christ. La prière est le grand démenti que nous jetons à la face du monde qui prétend faire son salut tout seul et par lui-même.

Dire gloire à Dieu, c’est protester contre les puissants qui prétendent combler l’attente des hommes, c’est déclarer qu’ils sont dépouillés de leur orgueil et que le Christ a triomphé d’eux par la croix. La prière est donc pour nous un acte foncièrement politique qui rappelle que ce n’est pas à nous ou au monde, mais à Dieu qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire. Cela ne peut manquer d’avoir des conséquences dans notre vie.

Nous devrons manifester Dieu dans le monde. Dès lors, pour que nous soyons aptes à le faire, pour que notre existence soit garantie, nous osons présenter nos requêtes. Demandez et l’on vous donnera…

Liturgie de l’Eucharistie :

Voici maintenant la grande joie de la rencontre : ce qui nous a été annoncé va nous être donné, celui qui nous a parlé va maintenant entrer en nous, il va montrer de manière sensible sa présence à son peuple : « Il est grand le mystère de la foi ».  C’est ce culte-là que le Seigneur Jésus lui-même a institué. C’est pour cela surtout que les chrétiens se sont réunis, c’est à ce banquet – là que nous sommes invités. Jamais les apôtres n’auraient eu l’idée de célébrer le service dominical sans la communion, ils auraient cru s’être arrêtés en route ! Car à la synagogue, on invoquait, on lisait l’Ecriture, on prêchait, on priait, on chantait les hymnes et on bénissait. Rien de nouveau dans cette partie du culte où nous faisons de même, rien de nouveau même dans le début de la liturgie de la Cène, où les paroles de la synagogue reviennent encore : Rendons grâces, disait Israël, au Seigneur notre Dieu, et l’on répondait : Béni soit le nom du Seigneur maintenant et à jamais. Rien de nouveau donc et même oecuménisme élargi : unis aux juifs célébrant la Pâque, nous faisons comme eux.  Mais alors qu’y a-t-il de spécifiquement chrétien dans ce culte ?  C’est précisément la Sainte Cène qui, pour diverses raisons, avait disparu des services ordinaires de nos Eglises, et qui y a repris sa place, comme il est légitime, car le Seigneur l’a voulu ainsi, et il sait mieux que nous ce qu’il nous faut. Il ne dit pas « Ne faites pas ceci, ne faites pas cela… » Il dit : « Faites ceci en mémorial de moi ». Luther a raison d’affirmer, même si cela ne plaît pas à nos modernes amis de la tolérance et aux ennemis des affirmations tranchées : « Celui qui n’obéit pas n’a pas droit au titre de chrétien ». Un culte sans Cène serait un ministère de Jésus sans la croix.  N’opposons pas parole et sacrement. C’est la même parole qui maintenant va vivre ici, mais en acte, en signe, en vie. Il veut nous lier à lui, il vient habiter en nous. La Parole nous visait tous, mais le sacrement nous saisit, bien que communautaire, d’abord individuellement. Et ce faisant, elle nous réunit en un seul corps, car c’est là notre vocation d’Eglise.  L’apôtre Paul nous dit : « Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps ». La Cène atteint précisément cet objectif, et le même apôtre dit encore : « Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps, car nous participons tous à ce pain unique ». Tout le drame du salut revit ici : le passé, l’avenir, et le présent, la mort du Christ et sa résurrection, la communion aujourd’hui avec le Christ-Roi, le royaume où nous serons de nouveau autour de lui comme autour de cet autel, tout cela est résumé dans l’acte sacramentel.  Notre célébration est ici conforme à la grande tradition chrétienne. S’il est vrai que nous ne pouvons pas encore officiellement communier avec nos frères catholiques romains ou orthodoxes, car il y faut une communion complète dans la foi, nous avons déjà une unité dans la célébration commune, semblable, vestige de l’unité passée et pierre d’attente de l’unité future.  Notre célébration, comme celle de la messe romaine, remonte à l’Eglise primitive, telle que nous la décrivent les textes anciens : après le service de la Parole, on apporte à celui qui préside l’assemblée des frères le pain et le vin avec une coupe d’eau. Il les prend, loue et glorifie le Père de l’univers par le nom du Fils et de l’Esprit Saint, répète les paroles du Christ et distribue le sacrement.  L’Eglise des premiers siècles célébrait ce repas dans une grande allégresse et c’est pourquoi on l’a nommé « eucharistie », qui signifie : « actions de grâces ».  Nous voici entraînés dans la grande joie céleste -, notre adoration, en communion avec tous les chrétiens, s’élargit de plus en plus dans l’intimité du Dieu vivant.  Cette joie nous unit à tous les chrétiens qui nous ont précédés auprès du Seigneur. Nous sommes unis à ceux de cette paroisse qui nous ont qu ittés après avoir achevé leur course dans la foi, unis aussi à tous les chrétiens du monde, orthodoxes, anglicans, protestants, catholiques qui ce même jour, ici et sur toute la terre, chantent cette même louange -, mais également aux anges et à toutes les créatures de Dieu qui, toutes frontières abolies, louent Dieu pour son oeuvre créatrice et pour sa Rédemption offerte. Dans cette grande communion, nous revivons la soirée de la chambre haute où le Seigneur en célébrant la Cène prit du pain et rendit grâces.

Préface :

Ainsi, dans la prière de préface, prononcée par le célébrant, nous rendons grâces pour toute I’?uvre de Dieu créateur et sauveur, et c’est un peu comme une nouvelle confession de foi qui rappelle tout ce que Dieu a fait pour nous, et qui nous entraîne dans le chant de l’hymne des chérubins : « Saint, Saint, Saint, » combiné avec l’hymne de l’entrée de Jésus à Jérusalem : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » et l’acclamation « Hosanna », déjà chantée à la synagogue qui veut dire « le Seigneur sauve », car c’est cela qu’il est venu faire ici bas, et qu’il vient encore accomplir parmi nous. Nous réalisons ici la prière « Que ton nom soit sanctifié » : du Temple de Jérusalem la louange passe désormais au Temple de la Création. Dans la joie et l’adoration nous acclamons celui qui vient maintenant vers nous, comme s’il parcourait l’allée centrale de notre sanctuaire par laquelle nous aussi à sa suite nous allons nous acheminer vers le rendez-vous de l’autel.

Consécration :

Voici enfin le moment solennel, où nous devons nous agenouiller dans le respect et l’humilité, l’avant-dernier échelon de la montée, qui va faire entendre les paroles mêmes du Christ, paroles efficaces et centre de toute célébration. Le Christ lui-même refait le geste de la nuit sainte où, ayant été trahi, il prit du pain…  C’est la prière du Fils au Père, dans son corps qui est l’Eglise. Mais cette prière s’adresse aussi à l’Esprit (il y a une épiclèse, car l’Esprit intercède pour nous). Ainsi la prière eucharistique du Christ nous fait entrer dans le mystère de la Trinité. S’il n’y a qu’à laisser le Christ entrer en nous, on priera cependant l’Esprit parce que l’Eglise ne dispose pas de Dieu, elle est la servante qui tend la main du mendiant.  Il est clair que nous n’offrons plus de sacrifice, si ce n’est celui de notre louange, car celui du Christ est l’éternel et parfait sacrifice offert une fois pour toutes et qu’on ne peut pas répéter. Il n’y a ici ni acte magique ni transformation, mais un acte d’obéissance, rappel de la promesse de celui qui tient ses engagements et ne ment jamais. Voici que dans, avec et sous le pain, dans, avec et sous le vin, le corps et le sang du Seigneur, c’est-à-dire sa vie nous sont offerts.  En recevant ce corps du Christ, nous allons redevenir l’Eglise, le corps du Christ. La tête, le Christ, donne sa vie au corps de l’Eglise, par le Saint Esprit. Le Christ vient vivre dans son corps. C’est une réalité concrète. Il n’y a qu’à entrer dans sa prière. Il vient en nous. Comme il va assumer les espèces, les remplir, il va nous emplir de sa présence, nous prendre en charge, reconstituer son corps.  Qui fait cela ? Ce n’est pas le pasteur, ce n’est même pas la foi des fidèles, ce n’est pas la bénédiction ni le geste de l’officiant, c’est le Seigneur lui-m me qui se sert de la voix et du geste du pasteur pour agir lui-même, par son Saint-Esprit que nous allons donc invoquer et qui va nous aider à croire dur comme fer que le Christ est présent pour nous, pour le pardon de nos péchés.  C’est le moment de l’adoration, c’est le moment « que toute créature fasse silence » pour contempler l’insondable mystère qui nous unit au Christ et nous unit les uns aux autres. Il y a le mystère du Christ : ce n’est pas ici le moment d’étudier…… de rationaliser l’inexplicable, c’est le moment de prier et d’adorer en silence. Il est grand le mystère de la foi.

Anamnèse

Cette adoration va se prolonger dans une dernière prière qui est mémorial, non pas simple souvenir, mais actualisation : nous sommes rendus contemporains de la Croix, nous sommes dans la chambre haute, c’est aujourd’hui que le Christ est mort et ressuscité pour nous. Alléluia !  La liturgie nous fait contemporains du Christ, de sa croix, de son trône.  Mais si elle fait du passé un présent, elle nous fait entrer en avance dans le royaume à venir que le Christ nous a préparé à la droite du Père : par lui monte notre prière, avec lui car il est vraiment présent, parce qu’il vient en nous.

Notre Père

Et notre adoration s’épanouit dans la prière du Christ, celle qu’il nous a donnée comme on donne le meilleur à ses enfants, et que nous cueillons sur ses lèvres pour la dire avec lui : Notre Père qui es aux cieux…  Avec amour nous allons dire cette prière en tant qu’Eglise, épouse du Christ.  La liturgie est nuptiale : on se donne à lui, on prie sa prière, car on l’attend, on le sait à la porte, il va entrer dans le sanctuaire où, comme une épouse, l’Eglise a tout préparé pour Lui et dressé sa table. Et on invite tous les amis a se joindre au banquet.   »Si tu présentes ton offrande à l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère ». C’est le thème de la réconciliation qui va maintenant dominer cette ultime approche : Ce qui est passé est englouti dans l’amour de Dieu, et c’est réconciliés avec lui ayant fait la paix avec nos frères, que nous allons pouvoir nous avancer vers l’autel, duquel autrefois partait le baiser de paix que chacun donnait à J’autre et qui faisait le tour de la communauté dans un grand élan d’amour et de joie : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous ». Là aussi, notre engagement devrait se concrétiser par un grand, un énorme « Amen » d’adhésion et de témoignage.  Réconciliée, l’Eglise va s’avancer dans un mélange de joie, d’adoration et aussi d’humilité : voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde.  Nous n’en aurons jamais fini d’être des pécheurs pardonnés, et nous le dirons encore en nous inclinant avec le Centurion : « Seigneur je ne suis pas digne… dis seulement une parole ».  Puis nous nous mettrons en route, comme en marche vers le royaume, pour nous approcher du Seigneur lui-même et recevoir ensemble notre nourriture. Ensemble, réunis comme les épis et les grappes pressés, moulus et rassemblés, oui, viens Seigneur Jésus ! (Maranatha, en araméen : viens Seigneur). Les premiers chrétiens vivaient dans J’attente ardente du retour du Christ.  L’Eucharistie anticipe le retour puisqu’elle est la présence du ressuscité.

Action de grâce

Et voici que l’audience du Roi des rois se termine. La grande affaire maintenant est de rendre grâce, et dans cette expression là il y a le mot rendre: rapporter à Dieu dans le service des frères cette grâce qui nous est faite, demeurer dans le Seigneur afin qu’il demeure en nous et rayonne autour de nous.

La Sainte Cène nous a mis en état de mission – le sacré et le profane ne sont pas séparés: le Christ est descendu au milieu de nous, il a pris comme véhicule de sa présence réelle la nourriture ordinaire de chaque jour. Alors nous allons toute cette semaine lutter contre cette dichotomie, cette séparation du sacré et du profane et démontrer qu’en vérité «Dieu a réconcilié par Christ toutes choses avec lui-même, sur la terre et dans les cieux».

Il y aura des tentations et des chutes, mais nous avons reçu une force nouvelle, vu, touché, reçu le Seigneur en personne. Nous allons prier… et il va fermer l’audience comme il l’a ouverte lui-même, il va reprendre la Parole, en nous faisant donner par son serviteur sa bénédiction.

Bénédiction

Cette bénédiction est plus qu’un souhait, elle donne la certitude que c’est ce Dieu-là, avec qui nous venons de passer une heure, qui nous bénit. Elle est le fondement de toute notre vie de la semaine, car elle nous renvoie chez nous, à notre travail, avec la présence du Dieu vivant et avec sa force. Voilà une certitude: tu nouis bénis. Cette bénédiction, aide-nous à la faire partager aux autres.

Joyeusement nous répondons dans l’illumination de la gloire éternelle et dans la prière silencieuse de reconnaissance.

Le dernier mot sera «Paix!» Allez dans la paix… Comme Marie gardait toutes ces choses et les repassait… et dehors, la liturgie sur le parvis, ce sera aussi la rencontre de la grande famille paroissiale qui ouvre nos cœurs au souci des autres et à la joie partagée.