Prédication de Jean-Frédéric Patrzynski pour la célébration oecuménique de Paris

 

Jean-FredericPatrzynskiNous sommes heureux de publier, sur le site de notre paroisse, le texte complet de la prédication que notre  inspecteur Ecclésiastique, Jean-Frédéric Patrzynski, a donnée lors de la célébration œcuménique de Paris, le 23 janvier 2014 dans l’Eglise Saint-Pierre de Montrouge.

Ce texte a été particulièrement bien accueilli par les personnes qui on eu la chance d’être présentes à ce culte. Il répond par ailleurs écho au thème de réflexion proposé par notre semainier et repris sur notre blog : L’Eglise Protestante est-elle aussi catholique ?


 

Prédication du pasteur Jean-Frédéric Patrzynski
Inspecteur Ecclésiastique de Paris

Nous sommes dans ce temps liturgique de l’année qui s’inscrit entre Noël et le Carême et qui se nomme temps de l’Epiphanie. Quelque soit nos traditions particulières, ce temps est celui de la révélation de notre Dieu au monde par son Fils, le Christ Jésus. Pendant ce temps, se situe également la prière pour l’Unité des Chrétiens. Nous prions notre Seigneur afin de parvenir à la plénitude de l’Unité de son Eglise. Dieu s’est révélé au monde comme la source de la vie et il nous invite à en être les témoins. Parvenus presque à la fin de cette semaine de prière universelle pour l’unité des chrétiens, notre Seigneur s’approche pour nous offrir sa Parole. Par la bouche de son apôtre Paul qui affirme par ailleurs que le Christ est l’unique fondement de l’Eglise, nos frères canadiens nous invitent à entendre cette question posée par l’apôtre : « Christ est-il divisé ? ».

Ce n’est plus à la communauté de Corinthe que cette question est posée. Aujourd’hui, c’est à nous que Dieu la pose, comme pour nous permettre de nous rappeler une évidence essentielle que nous aurions oubliée. Au passage, remarquons que la division de l’Eglise n’existe pas que depuis le XIème siècle, ni même depuis le XVIème siècle. L’Ecclésiaste nous redirait qu’il « n’y a rien de nouveau sous le soleil » (Ecclésiaste 1/9). Peut-être est-ce un moyen, pour notre Seigneur, de nous rendre attentifs à ne pas trop idéaliser la première communauté chrétienne ! Ce temps de l’Unité des chrétiens que nous vivons chaque année depuis maintenant presque 60 ans, inaugurée par l’abbé Paul Couturier, célèbre prêtre lyonnais, ne doit pas nous servir à imaginer retrouver l’Eglise primitive d’avant, selon notre manière de penser, nos divisions.

A la lecture de la première lettre aux Corinthiens de l’apôtre Paul, nous apprenons que plusieurs communautés chrétiennes s’étaient constituées. L’une se disait de Paul, une autre de Céphas, une troisième de Christ. En écoutant l’apôtre parler de ces communautés, j’ai l’impression qu’il parle de nous. En effet, la communauté qui se réclame de Céphas, ne pourrait-elle pas être celle qui aujourd’hui a à sa tête le successeur de Pierre ? Celle qui se réclame de Paul pourrait être l’Eglise Protestante Unie de France qui rassemble, depuis mai 2013 luthériens et réformés en France. Paul tient une grande place dans la théologie de Martin Luther et de Jean Calvin. Et puis celle qui se réclame de Christ pourrait affirmer qu’elle est demeurée ferme dans la foi des apôtres et dans la tradition qu’ils ont transmise. Ce serait mes frères orthodoxes. A ces communautés de Corinthe et à nos communautés, Dieu demande : « Le Christ est-il divisé ? ».

Le Christ a un corps et ce corps n’a qu’une tête. Ce corps, l’apôtre le nomme l’Eglise et la tête est Jésus, le Christ, le Fils de Dieu, seul à avoir donné son corps et versé son sang pour chacun de nous et pour la multitude, unique fondement de l’Eglise. Le Christ que nous découvrons dans les Evangiles n’a pas construit d’Eglises. Il a refusé de perdre son temps dans des querelles théologiques dans lesquelles voulaient l’entraîner les chefs du peuple élu de Dieu. Il a simplement obéi à son Père. Il est allé là où il voulait qu’il aille : à la rencontre des boiteux et des tordus, des prostitués et des mendiants. Il a vécu avec ceux que la « bonne » société rejetait qu’ils soient riches, malades ou pauvres. Il a écouté et prié son Père. Il s’est offert afin que les hommes soient unis à lui, comme lui est uni à son Père.

Mais après son Ascension, les hommes qui ne voyaient plus Dieu, ne l’entendaient plus leur parler directement, se sont mis à parler. Ils ont fini par construire ce que, justement le Christ était venu abolir : le légalisme conduisant au jugement, à la condamnation et à l’intolérance. Nous avons bâti alors des codes de loi, des règles à partir d’un message d’amour qui ne peut être ni codifié ni réglementé. Et nous sommes parvenus à diviser ce qui était uni. Chacun déclarant qu’il détenait la vérité et que l’autre, bien sûr, était dans l’erreur. Chaque communauté a fini par se croire être la seule, la vraie, l’unique Eglise du Christ. Cela s’est passé à Corinthe ; cela s’est passé dans notre temps.

 « Le Christ est-il divisé ? ».

Lui, notre Sauveur, aurait-il plusieurs corps ? Aurait-il un doigt à quelques centimètres de sa main, un pied éloigné de sa jambe ? Un corps n’est-il pas ce qui, par définition, est uni ? Certes, il a divers membres différents les uns des autres. Certes, le pied n’est pas un œil et la main n’est pas une bouche. Chaque membre a un rôle particulier. Il possède sa propre fonction qui lui a été donnée par Dieu. Rappelons-nous ce que disait également l’apôtre Paul : l’œil peut-il dire ne pas avoir besoin de la main et le pied de l’oreille ? (1 Corinthiens 12/21). Bien sûr que non ! Il n’est nul besoin d’être un spécialiste de l’anatomie pour savoir cela. Chacun de nous peut faire cette expérience : quand nous nous frappons un doigt de la main gauche avec un marteau tenu par la main droite, c’est tout notre corps, en cet instant, qui souffre. Alors permettez-moi de vous poser cette question : comment nous est-il possible de souffrir pour notre corps et ne pas ressentir de souffrance quand le corps auquel nous appartenons se divise, s’écorche et se torture ? Lorsque nous nous blessons, nous prenons immédiatement les mesures nécessaires pour nous soigner. Alors, pourquoi ne ferions-nous pas de même pour le corps du Christ qui n’est pourtant pas divisé ?

Ce temps de la révélation du Christ nous apprend donc que nous sommes un des membres de son Corps, que nous sommes liés les uns aux autres par le Christ et par le Christ seul. Pour préparer 2017, 500ème anniversaire de ce que l’on appelle la Réformation, anniversaire de l’affichage, sur la porte de la chapelle de l’université de Wittenberg, des 95 thèses contre l’usage abusif des indulgences, écrites par le moine, professeur et prêtre de l’Eglise chrétienne d’Occident, Martin Luther, l’Eglise Protestante Unie de France a édité un semainier. Pour cette semaine, une question est posée : « L’Eglise protestante est-elle aussi catholique ? ». Par la bouche de l’apôtre Paul, il nous est donné de comprendre que l’Eglise Protestante Unie de France participe, avec les autres Eglises, à la catholicité du corps du Christ. Paul, Pierre, Martin Luther, Jean Calvin, Léon X, le pape qui a excommunié Luther, ou Jean-Paul II ont-ils été crucifiés pour nous ? Est-ce au nom de ces hommes, aussi importants soient-ils pour nous, que nous avons été baptisés ? Avons-nous été baptisés protestants, orthodoxes ou catholiques ? Non ! Nous avons été baptisés dans la mort et dans la résurrection du Christ. C’est lui qui a offert son corps et son sang pour que nous ayons la vie en abondance. Nous avons reçu le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous avons donc été baptisés chrétiens bien que nous ayons vécu ce baptême dans des traditions différentes. Dirions-nous que la tradition est plus importante que le Christ avec qui nous sommes unis ?…

Certains pourraient alors demander : qu’attendons-nous pour réaliser la pleine union ? A ceux-là, je pourrais répondre : « Christ est-il divisé ? ». S’il ne l’est pas, c’est qu’il est uni. S’il est uni, l’union n’est pas à réaliser. Elle est déjà accomplie. Elle est déjà pleine et entière par le corps et le sang du Christ. Les aurait-il offerts différemment à un catholique qu’à un protestant, à un orthodoxe qu’à un anglican ? Quand le Christ est mort sur le Golgotha, il nous a unis à lui et les uns aux autres. Nous hommes, nous Eglises, nous n’y pouvons rien, sinon nous pourrions nous prendre pour Dieu. Peut-être est-ce cela que nos Eglises ont fait ? Se prendre pour Dieu, c’est accomplir et vivre le péché. Ne serait-il pas temps de reconnaître notre péché ? Ne serait-il pas temps de reconnaître que tous, nous sommes membres d’un même corps ?

Dans cette reconnaissance, par cette reconnaissance nos yeux verront et nos oreilles entendront ce qui existe depuis toujours : le fondement de l’Eglise, le Christ, est un ! Nous sommes à lui ; nous sommes un avec lui, comme lui est un avec le Père. Le Christ n’est pas divisé. Son Corps n’est pas divisé. Et dans le même temps, chacun de nous doit apprendre qui il est. Il est nécessaire que la main soit une main, qu’une jambe soit une jambe. Il est donc nécessaire que le catholique romain soit catholique romain que l’anglican soit anglican, que l’orthodoxe soit orthodoxe que le calviniste soit calviniste et que le luthérien soit luthérien. Je me souviens de ce que disait le cardinal Louis-Marie Billé, archevêque de Lyon, lors d’une rencontre du comité des responsables des Eglises à Lyon, fondateur de RCF (radio chrétienne francophone) : « Soyez ce que vous êtes pour me permettre d’être ce que je suis ». Et de même que s’il manquait une main à notrecorps, cela serait terrible, de même s’il manquait le membre catholique ou orthodoxe ou luthérien… au Corps du Christ, cela empêcherait le Seigneur d’être pleinement présent au monde.

Amis, moi le protestant de l’Eglise Unie, je viens vous dire que j’ai besoin de vous, catholiques romains, orthodoxes, anglicans, pour vivre ma foi et témoigner de l’amour de notre Seigneur pour les hommes. J’espère que vous pourrez avoir la force et le courage de dire la même chose à mon égard.

Jésus s’approche de nous. Il nous appelle comme il a appelé Simon, surnommé Pierre et son frère André, Jacques et Jean, fils de Zébédée, pour être ses témoins dans ce monde et dire à ce monde qu’il n’est pas nécessaire de chercher l’uniformité pour s’aimer, proclamer dans ce monde que c’est l’amour de Dieu qui nous unis dans nos différences et nous permet de vivre dans la complémentarité.

Ainsi nous serons les vrais artisans de paix, serviteurs de Dieu dans et pour ce monde.

Amen !

Jean-Frédéric Patrynski

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