Retour sur la semaine de prière pour l’unité des chrétiens à Saint-Jean

 

Prédication du Père Richard Escudier et interview vidéo du Pasteur Jean-François Breyne
Photos – Gérard Boniface

IMG_7836La semaine de prière pour l’unité des chrétiens est un événement mondial, il a aussi pour vocation d’être vécu de manière locale, dans les Églises, les inspections, les paroisses.

Nous avons donc participé à cette dynamique œcuménique, avec nos voisins catholiques de la Paroisse Saint-Pierre du Gros Caillou. Ainsi, Jean-François Breyne a donné l’homélie lors de la messe du dimanche 22 janvier à Saint-Pierre, et en retour, le Père Escudier a prêché à Saint-Jean dimanche 29 janvier.

Par ailleurs, Jean-François Breyne a été interviewé par KTO TV (télévision Catholique) sur le thème de la semaine de prière  : « Parole de réconciliation : L’amour du Christ nous presse » (2 Co 5, 14-20).

 

Interview vidéo de Jean-François Breyne sur KTO TV :

 

Prédication de Richard Escudier, le 29 janvier en l’Eglise Saint-Jean

IMG_7821HEUREUX !

Dans une anthologie de spiritualité mondiale, les Béatitudes figurent en bonne place !

C’est comme le résumé de notre message chrétien. L’on sent dans ces versets le discours de sagesse à l’état brut, comme un appel à un magnifique dépassement de soi et d’ouverture au beau spirituel.

Mais ce n’est pas seulement cela. Les Béatitudes nous offrent une biographie de Jésus Lui-même. C’est le chemin qu’il nous trace pour entrer en communion avec lui.
I) Les Béatitudes sont bien loin de cette conception d’un ordre social dont la définition serait tout simplement d’être le produit de la somme de tous les individus qui le composent.

Non, ce n’est pas la société ou l’individu qui est premier, mais le Royaume, et c’est Jésus qui nous le montre. C’est lui qui vient. Nous avons à l’accueillir avec un cœur de pauvre.

Entrons donc dans cette espérance donnée aux disciples :

Les pauvres sont ceux qui se présentent devant Dieu à la manière de Marie : Marie dans son Magnificat qui chante Dieu à travers les humbles. Les pauvres d’Israël (les anavim) sont ceux qui attendent tout de Dieu.

La terre, réservée aux humbles, aux doux ne sera pas la conquête de nos seuls efforts, encore moins de la force. La terre, c’est l’espace ouvert à Dieu où, selon l’ordre donné à Moïse, le peuple pourra se consacrer au culte loin des idoles.

La terre que promet Jésus invite finalement à entrer dans un horizon qui dépasse nos espoirs seulement terrestres et que Dieu seul, en définitive, peut donner. Mais combien doutent de ce Royaume achevé au terme de l’histoire… Peut-il y avoir une espérance qui ne dépasserait pas les limites de la vie terrestre ?

Nous acceptons d’être les mendiants d’un Royaume qui est offert au petit, au simple (le mot revient plusieurs fois dans les lectures de ce dimanche), ce           « peuple pauvre et petit qui trouve abri dans le Seigneur » (prophète Sophonie, première lecture), ce « qu’il y a de fou dans le monde pour couvrir de confusion les sages… ce qu’il y a de faible pour couvrir de  confusion les forts » (2ème lecture, 1 Corinthiens 1,26-31).

Alors seront comblés les affamés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs et les artisans de paix. Et, là, une fois encore, Dieu se donne dans la communion avec Lui comme la mesure de la joie à venir : les cœurs purs verront Dieu.

La Béatitude réservée à ceux qui pleurent peut nous surprendre. C’est la tristesse qui invite à ne pas se résigner au mal, à ne pas user des armes de la colère, du ressentiment, de la haine. Ce sont les disciples dont la persévérance est la seule révolte qui emportera tout. L’Apocalypse nous dit que « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (7,17) Ce sont ceux qui reviennent de la « grande épreuve ».

Le Royaume, la consolation, la terre, la miséricorde, la vision de Dieu… : c’est la communion qui nous est offerte ; communion d’amour avec Dieu dont la fraternité entre les hommes est le fruit et le reflet. Le Royaume peut alors se refléter ici-bas, sans être d’ici-bas ! Les « fins avant-dernières » chères à Dietrich Bonhoeffer préfigurent, si nous les accueillons, les fins dernières !

La communion nous est proposée comme une communion qui renouvelle les cœurs dès maintenant, dans notre devoir terrestre, parce qu’elle nous dispose à rencontrer Dieu dans la gloire à venir.
II) Mais comment vivre cet idéal ?

À qui s’adresse-t-il ? Qui est censé le mettre en œuvre ?

Peut-il façonner une société, une collectivité humaine ?

Ne doit-il pas rester un idéal individuel et même privé ?

Sigmund Freud avait dénoncé le christianisme non en tant que « foi » intérieure et personnelle, mais en tant qu’illusion. Selon lui, le christianisme a tout faux non pas en ce qu’il serait contraire à la « vérité »  (c’est une affaire d’opinion personnelle, la vérité) mais parce qu’il ne remplit pas les promesses qu’il portait en lui !

Les Béatitudes sont belles entendre mais, dans le monde que nous vivons, elles pourraient même constituer un risque :

  1. Risque d’une sainteté inaccessible et réservée à quelques-uns,
  2. Risque de détourner des fins légitimes qu’une société humaine peut et doit poursuivre,
  3. Risque finalement d’un manque de réalisme face aux défis que les humains ont à relever et qu’ils peuvent assumer sans avoir à recourir à un idéal de pauvreté, de sainteté, de faiblesse que l’on pourrait qualifier de                  « démobilisant » ou même étranger aux désirs humains d’épanouissement le plus élémentaire… On connaît ce langage…

Les philosophes s’interrogent sur ce que l’un d’eux a appelé : « L’âge séculier » (notamment  Charles Taylor professeur à Montréal, qui a produit une œuvre mondialement reconnue en spiritualité). Selon lui, il est frappant que le monde moderne pense la culture indépendamment de toute foi religieuse, cet humanisme exclusif, cette modernité qui pose comme principe qu’une société se donne ses propres fins pour la prospérité de tous. Nul besoin d’une inspiration divine qui gouvernerait nos façons de vivre. Il suffit de poursuivre des fins raisonnables par tous, consenties démocratiquement et qui visent à instaurer la paix, la discipline, le bénéfice mutuel dans les rapports économiques…

En un mot, les intérêts ou même les égoïsmes individuels concourent au bien de la collectivité et à l’intérêt public… Au fondement de la modernité, nous trouvons cette affirmation que l’amour de soi et la poursuite de ses propres intérêts ne sont pas un péché mais constituent la base de toute vie humaine saine. Pour une part, c’est incontestable.

Et l’altruisme n’est pas étranger à ce beau programme !

La question est de savoir si cet idéal social peut se réaliser dans un monde qui ne serait que, encore une fois, la somme des intérêts de chacun et où aucun Royaume ne serait à attendre… Les philosophes ont fort à penser un monde sans transcendance…

Chrétiens, dans le respect de nos différentes traditions, qu’avons-nous à offrir au notre monde orphelin de la transcendance que cette mystérieuse communion avec le Dieu des Béatitudes ? Ce serait le plus beau message de notre unité ! Celui en tout cas qu’espère le monde assoiffé, sans le savoir, du Royaume.


III)
C’est donc bien la question du bonheur qui est posée dans toute sa dimension. Mais quel bonheur ?

Le bonheur est-il à portée de main… ou est-il le don que Dieu réserve à ceux qui s’ouvrent à Lui ?

L’autonomie du sujet, dans notre culture, nous connaissons :c’est l’homme qui s’assume sans référence à une autorité extérieure. Mais cette autonomie, peut-elle être fondée autrement que par la relation, en dehors  d’un lien initial ? « Si Dieu n’existe pas, rien n’est permis » disait Albert Camus qui renversait ainsi la célèbre proposition de Dostoïevski dans Les frères karamazov. Il voulait dire par là que toute autonomie responsable commence par être provoquée par une altérité, tout commencement suppose une inauguration ! (Adolphe Gesché, Le sens p.70). Il paraît que l’homme ne peut vivre sans la représentation d’un Royaume de Dieu, de quelque manière qu’il se l’imagine (Adolphe Gesché, Le sens p.73).

Pour moi, disciple de Jésus, le Royaume, c’est l’altérité de Dieu qui m’engage à devenir moi-même pour d’autres fins et par d’autres moyens que ceux de l’homme pécheur, affronté à sa mort.

Alors Dieu comble de joie ; et Il le fait selon trois aspects :

  1. Le mot « makarioi » invite à la joie qui comble les cœurs, au-delà des désirs humains immédiats, une joie indicible réservée aux cœurs ouverts à la rencontre de Dieu. C’est cette ouverture qui est décisive. Sans elle, l’homme tend à s’enfermer dans la tentation du narcissisme.
  2. Mais ce n’est pas une joie de « purs » qui se croiraient seuls au monde possesseurs de la vérité. Non. Les « makarioi » ne sont des « kataroi » (les purs) que s’ils ne sont pas refermés sur eux-mêmes. Ils ont à l’opposé des durs, des docteurs de la « rectitude », des intolérants sûrs d’eux-mêmes, contrairement aux humbles dont Jésus est le modèle, lui qui a dit « Je suis doux et humble de cœur ». Le seul idéal possible est celui d’imiter le Christ. C’est un don, non une performance morale.
  3. C’est donc une joie qui ressemble à celle du Christ : elle est donnée par le Maître à ses apôtres dans l’un de ses ultimes discours : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. » (Jean 15,11) Mais après la Cène, c’est la Passion. Alors nous comprenons mieux la portée des Béatitudes : « Les Béatitudes sont la transposition de la croix et de la résurrection dans l’existence des disciples » (Benoît XVI Jésus de Nazareth).

Voilà la clé. La persécution pour la justice, c’est-à-dire pour la sainteté, nous convoque au témoignage qu’a rendu le Christ. C’est la finale de notre passage « Heureux si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi, [l’on doit comprendre parce que vous suivez mon exemple]. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux »

L’idéal des Béatitudes, conduit à la radicalité d’un don dans l’engagement du disciple qui comporte l’épreuve. Au bout, si j’ose dire, c’est la vie, c’est le Royaume, c’est la communion ! Les chrétiens ont à donner cet exemple sur le chemin de l’unité sans cesse à approfondir.

Et paradoxalement, pour beaucoup incompréhensible, c’est la JOIE.

HEUREUX !

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