Jésus-Christ, pourquoi ai-je du mal à en parler ?

 

logo luther 2017Nous poursuivons le chemin proposé par notre semainier « 2017, nos thèses pour l’évangile » avec un nouveau thème et une nouvelle date : nous partagerons les fruits de nos réflexions lors du culte du 16 mars. Comme les fois précédentes, vos contributions alimenteront la prédication de Frédéric Chavel. Soyez nombreux à commenter !

Jésus-Christ, pourquoi ai-je du mal à en parler ?

En France, les protestants, en particulier du fait de leur histoire de la persécution et de l’expérience de la laïcité, ont plutôt développé un témoignage discret et sur le mode implicite.
Mais aujourd’hui, le christianisme est devenu, toutes confessions confondues, une religion minoritaire. Et l’ignorance à l’égard de la Bible, du contenu du message évangélique, a beaucoup augmenté. Du coup, nous sommes appelés à renouveler les modes de rencontre avec nos contemporains de tous horizons. Dans une société de communication sécularisée, comment dépasser nos inhibitions pour témoigner de la Parole qui nous fait vivre ?

Quelques références bibliques pour réfléchir : Exode 4, 1-17 ; Matthieu 28, 16-20 ; Luc 9, 18-20

A vos claviers, prêts… commentez !

5 thoughts on “Jésus-Christ, pourquoi ai-je du mal à en parler ?

  1. A mon tour, je proposerais trois thèses que j’ai présentées hier au culte :

    1. APPELER, geste d’amour : la communauté chrétienne ne peut rester fermée sur elle-même, mais se doit d’être missionnaire. L’enjeu n’est pas de faire des adeptes pour notre communauté mais de transmettre l’appel de Jésus : « Suis-moi ». Cet appel est libre, ouvert et sans calcul. L’église est un outil pour cet appel.
    Parler de Jésus-Christ est difficile quand nous manquons d’amour.

    2. ENSEIGNER, geste exigeant : approfondir la foi suppose de devenir disciple à l’école de Jésus. Autant elle doit être modeste et respectueuse vis-à-vis des autres, autant la communauté chrétienne doit être exigeante vis-à-vis d’elle-même. Ici s’applique l’insistance de Paul à Timothée : « Proclame la Parole, insiste à temps et à contre-temps, reprends, menace, exhorte, toujours avec patience et souci d’enseigner »(II Tim, IV,2).
    Parler de Jésus-Christ est difficile quand nous manquons d’exigence.

    3. DISCERNER, geste de disponibilité : Malgré la différence entre la générosité de l’amour et l’exigence de la communauté, il n’y a pas de rupture entre ceux qui seraient dans la communauté et ceux qui seraient au-dehors, entre des initiés et des ignorants. Car dans les situations de la vie et les enjeux de la société, chacun doit sans cesse se remettre en question sans rester prisonnier de ses convictions. La mission de l’église est donc autant intérieure qu’extérieure.
    Parler de Jésus-Christ est difficile quand nous manquons de disponibilité.

    Frédéric Chavel

  2. Nous entendons souvent dire que « la religion doit rester dans la sphère privée ». Je ne saurais exprimer sans grossièreté la colère et l’affliction que cette conception française de la laïcité provoque chez moi !

    Tout d’abord, cette phrase me parait d’une stupidité sans nom, tant elle tient de l’antithèse. Tant qu’on y est, pourquoi ne pas affirmer que la parole ou l’échange devraient relèver de la sphère privée ? La foi se transmet et se partage, c’est son essence même ! Et d’un point de vue sociétal, sa « fonction ».

    On pourrait aussi traduire par : « faites votre truc dans votre coin, ne nous contaminez pas », ou par « surtout, maintenons le plus loin possible ce qui pourrait nous toucher, nous remettre en question, ou pire encore, nous placer en face de nous-mêmes… »

    Cette crainte érigée en dogme est tellement bien ancrée dans la culture française qu’en effet, il n’est pas toujours facile de parler de Jésus.

    Pour ma part, j’identifierais trois freins qui peuvent rendre difficile le fait de témoigner, de protester notre foi.

    1) Les clichés. Qui n’a jamais eu à dire « je suis chrétien, mais pas comme tu l’imagines ». C’est d’autant plus vrai que certains clichés reposent sur des exemples bien réels, et dont nous pourrions penser qu’ils nous font du tort. Pourtant, ces clichés révèlent souvent une ignorance qui n’attend plus qu’une bonne discussion !

    2) En faire trop. Nous tomberions ici dans le travers de certaines églises qui conçoivent le témoignage chrétien comme une opération de matraquage. Nous revenons à un autre sujet abordé sur ce site : ne parlons pas de notre foi à sens unique, si ce n’est pour, nous aussi, découvrir, estimer et rencontrer l’autre.

    3) N’en faire pas assez. Combien de discussions n’avons-nous vécues, qui restaient sur un ton de curiosité superficielle, ou de la conversation culturelle de salon sur, par exemple, l’histoire de la Réforme ? Le risque principal est le manque d’authenticité. C’est vrai qu’il serait maladroit et peu utile d’aller trop au-delà d’une question qu’on nous aurait posée. Mais rien ne nous empêche non plus d’expliquer que notre appartenance à une église n’est pas seulement intellectuelle ou culturelle !

    Nous en arrivons là à un point crucial : avoir le courage de dire qui nous sommes et ce que nous vivons. Cela ne nécessite pas d’agresser les autres ni de chercher à les convaincre. Mais il faut bien dépasser, à un moment donné, notre réticence.

    Je crois qu’il est de notre devoir de chrétiens de repousser les limites, celles qui sont en nous comme celles du monde extérieur. La Bible est pleine d’exemples d’hommes, de femmes ou de peuples qui sont allés au-delà de ce qui semblait possible, jusqu’à Jésus lui-même et son sacrifice. Et même si nous ne sommes pas forcément ces « héros » bibliques, il ne tient qu’à nous de nous en inspirer.

    Entre nous, si je me trouvais face à un type mort sur la croix pour que je sois sauvé (parmi une multitude), je ne me verrais vraiment pas lui dire : « oh, tu sais, je ne me sentais pas confortable avec ça… en fait, j’avais un peu peur d’avoir l’air ridicule… »

  3. Je suis tout à fait d’accord avec les commentaires précédents car j’ai été converti par la force du témoignage.

    En effet, j’ai passé la première moitié de ma vie très loin de Dieu, allergique à toutes les formes de chrétienté. Si je suis devenu croyant, c’est grâce à l’exemple donné par des personnes de la paroisse.
    Au fil des années je les ai toujours vu mettre en premier Dieu, quelque soit les enjeux relationnels, financiers ou professionnels et ainsi elles m’ont donné la force de les suivre. Elles m’ont toujours encouragé mais sans jamais faire la moindre compromission, c’est à moi d’atteindre la bonne hauteur pour franchir la barre, ce n’est pas la barre qui doit être abaissée. Et c’est ce subtil équilibre entre rigueur et amour qui m’a décidé à quitter mon ancienne église pour devenir protestant.

    Je crois qu’elles n’ont eu aucun mal à me parler du Christ car il fait partie intégrante de leur vie, elles n’ont pas à réfléchir ou se forcer, pour elles, c’est aussi évident que respirer. Mais, .malheureusement, je pense aussi qu’elles sont aussi des exceptions.

  4. Extérieures au poids de l’histoire protestante, puisque devenues protestantes par conviction, nous sommes en effet très étonnées, voir stupéfaites, de la « discrétion » ambiante, que nous percevons parfois même comme du repli.
    Si nous étions un peu provocantes nous interrogerions même :  » discrétion réelle  » ou manque de courage au positionnement de sa foi en dehors des cercles où il est explicitement autorisé d’en parler…?

    A l’heure où la rançon de la laïcité est peut être de participer à engendrer une société française, européenne, dans laquelle un nombre croissant de personnes se désespèrent, se meurent intérieurement par manque de sens, par manque de spiritualité, n’est ce pas l’heure de témoigner ? N’est ce pas de notre responsabilité de témoigner ? Le protestantisme n’a-t-il pas des valeurs fortes à apporter au monde d’aujourd’hui, des éclairages singuliers aux problématiques d’aujourd’hui ?

    Oser connecter nos univers (nos collègues de travail, nos amis, nos partenaires d’activités, nos voisins, nos commerçants…), au lieu de scinder…Rassembler nos univers, oser y parler, oser y dire cette foi qui nous anime…
    Maintenant, c’est le temps de partager avec des non croyants, des non éduqués au fait religieux, des non parlant la langue spirituelle…. Dieu se charge de nous proposer des situations où ce partage peut se réaliser.
    Il ne s’agit pas là de prosélytisme ou de parler à tout va.
    Avec sobriété, mesure, discernement, il s’agit d’oser se dire, d’oser témoigner des facettes de cette intimité avec Dieu que nous avons, de faire l’effort de trouver les mots d’aujourd’hui entendables par celui qui, visiblement, n’est pas habité par cette joie de se sentir aimé de Dieu…
    Il s’agit d’aimer l’autre

    Danièle, Jocelyne

  5. En France la pression s’accroit pour séculariser le langage et les comportements dans les administrations, écoles, et lieux de travail. (cf les controverses et les règles concernant le port d’objets ou de signes marquant une appartenance religieuse).
    Mais cela n’est pas la seule raison pour laquelle il est difficile à un chrétien de parler de sa foi. Il y a également une règle de politesse implicite qui veut qu’on ne parle pas, en dehors du cercle limité de la famille et d’amis intimes (et encore !) de sujets comme la politique, la religion, l’argent, pour éviter des discussions considérées comme gênantes.
    Et puis en plus d’une certaine timidité et du désir de respecter les idées d’autrui il y a chez un chrétien un frein plus subtil ; comment parler de ma foi si mon comportement quotidien ne témoigne pas de façon évidente de celle–ci ?
    Certes, le premier et le meilleur moyen de parler de sa foi est un témoignage de vie chrétienne manifeste, en particulier dans notre relation avec les autres.
    Mais le plus souvent nous sommes « juste et pêcheur » et nous sommes loin d’avoir un visage de « transfiguré ».

    Malgré tout cela il faut parler de notre foi ! Comment le faire ?
    - en ne cachant pas que nous sommes chrétiens et de confession luthérienne, et en expliquant cette appartenance d’une façon simple et non polémique,
    - en utilisant la méconnaissance généralisée dans une partie majoritaire de la population de tout ce qui concerne la religion, l’Église, les écritures : cela nous permet de rectifier aimablement des propos à ce sujet en expliquant ce qu’il en est réellement, en donnant une information, qui en tant que telle intéresse, est bien reçue,
    - en faisant comprendre qu’il y a un lien entre nos positions sur tel événement, ou tel sujet de société et notre foi en Jésus-Christ,
    - qu’il y a également un lien entre notre optimisme, ou notre paix intérieure, s’ils sont remarqués, et ce que nous croyons. Que malgré tout le mal que nous constatons nous affichons un optimisme fondamental : la création se continue, nous y participons et nous ne sommes pas seuls.

    Ces quelques remarques concernent ce que nous pouvons faire en tant qu’individus, ce qui est important parce que nous sommes nombreux et participons à des cercles de relations très divers. Mais l’action de communication à tous les niveaux de la direction de nos Églises protestantes est très importantes, il faut être le plus souvent possible présent dans les médias, parler. La Fédération protestante de France dans l’édito de sa newsletter de février dit : « Que les protestants protestent ! » , «… la foi est projet et non pas rejet…Qu’ils protestent pour demain et non pas contre demain », et donne cette information : « L ‘assemblée générale de la FPF a demandé que l’on communique notre projet et nos convictions sur les réseaux, dans les médias ».

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